La nuit du 14 juillet, un feu d’artifice éclaire

les toits de Montmartre. Elle s’échappe par la

fenêtre de sa chambre, une robe blanche tachée

de sang. Le quartier dort, mais les ombres

bougent.

Le journaliste a acheté son silence avec des

promesses de gloire. Elle a accepté, croyant que

l’amour pourrait survivre au scandale. Mais les

lettres ont été volées, et le ministre exige une

déclaration publique.

Le train de banlieue sifflonne. Elle descend à

la gare de Lyon, les cheveux couverts d’un

chapeau de paille. Les passants ne la

reconnaissent pas. Personne ne sait qu’elle est

la maîtresse d’un homme en position, ni que ses

yeux sont pleins de désenchantement.

À l’aéroport, elle retrouve l’homme qui l’a

aimée autrefois. Il a pris un avion pour New

York, ditil, mais ses yeux trahissent une peur

qu’elle n’a jamais vue. Il lui tend un billet de

retour, mais elle refuse. L’ambition l’a rendu

cruel.

Les rues de Paris changent. Les murailles

s’effritent, les réverbères s’allument plus tard.

Elle marche vers le centre, où les artistes

peignent l’angoisse de l’entredeuxguerres. Un

poème sur un mur dit : « Le temps est un voleur,

mais il ne prend que ce qu’on lui donne. »

Elle s’arrête devant une vitrine de librairie. À

l’intérieur, un homme lit un roman de

Dostoïevski. Son regard croise le sien. Il

sourit. Elle sent une chaleur familière, mais

elle ne peut pas revenir en arrière.

La guerre éclate en septembre. Elle reste à

Paris, refusant de fuir. Les bombes tombent, les

rues se transforment en champs de ruines. Elle

écrit des lettres qu’elle ne destine à personne.

L’ambition a disparu, remplacée par une

mélancolie profonde.

Un soir, elle trouve un message sous sa porte :

« Tu as eu raison de fuir. » Elle ne sait pas

qui l’a écrit. Peutêtre l’homme de New York, ou

peutêtre un fantôme.

Le 1er janvier 1940, elle meurt d’une maladie

inconnue. Personne ne sait si c’était la

tuberculose ou l’effet du temps. Ses effets

personnels sont envoyés à un cousin en province.

Dans une boîte, une photo de lui, souriant, avec

un titre griffonné : « L’oubli est un luxe que

nous ne pouvons pas nous permettre. »