La nuit du 14 juillet 1928, Marguerite Dufresne,

courtisane rusée à l’esprit aiguisé, quitte son

hôtel particulier de Neuilly sans laisser de mot

ni de trace. Son majordome, Louis, découvre sa

chambre vide, le coffrefort ouvert, mais rien

n’a disparu — pas même le diamant bleu qu’elle

portait au cou. La police, dépassée par

l’absence de cadavre et de preuves, classe

l’affaire comme une fugue volontaire.

Le lendemain, les journaux parlent d’un «

éclipse des reflets » : Marguerite, bien que

présente en société, semble soudain invisible.

Les rares personnes qui l’ont vue affirment

avoir croisé un double, une femme ressemblante

mais plus jeune, vêtue d’un manteau noir à

motifs dorés. Ce vêtement, rare et coûteux,

n’est jamais apparu dans la garderobe de

Marguerite.

Dans les coulisses du théâtre des ChampsÉlysées,

un ancien amoureux de Marguerite, Édouard,

cherche la vérité. Il retrouve un journal intime

caché sous le plancher de sa loge. Les pages

racontent des nuits passées avec une silhouette

inconnue, des lettres anonymes signées « L », et

une mention répétée : « Le miroir ne ment pas. »

Un inspecteur de police, ancien soldat de la

Première Guerre, commence à douter de la version

officielle. Il suit les pistes vers un cercle

secret de philosophes et d’artistes qui

prétendent manipuler le temps à travers des

expériences occultes. Parmi eux, une figure

mystérieuse, Léon Vautrin, qui possède un miroir

antique capable de refléter des versions

alternatives de soi.

Le soir du 23 août, Édouard entre dans un

atelier clandestin. Là, il voit Marguerite — ou

ce qu’il croit être elle — devant le miroir,

entourée de figures en costume sombre. Elle lui

murmure : « Je suis là, mais je ne suis plus. »

Soudain, le miroir se fissure, et la pièce est

plongée dans l’obscurité. À son réveil,

Marguerite a disparu, et le miroir brisé montre

une image de luimême, vieilli de vingt ans.

La solitude, ici, n’est pas un état personnel,

mais un mécanisme du monde : l’Entredeuxguerres,

marqué par la fragilité des identités, les

illusions politiques, et les fractures sociales,

devient le terrain d’expérimentation d’une

réalité altérée. Le miroir n’est pas un objet,

mais une faille dans l’ordre établi — un

dispositif capable de faire coexister plusieurs

versions de la même personne, à l’image de cette

époque où le passé et l’avenir se heurtaient

sans cesse.

Marguerite reste introuvable. Mais son absence a

laissé une empreinte tangible : une nouvelle

courante, une peinture trouvée dans une cave, un

nom oublié inscrit sur un billet de train. Le

mystère ne se résout pas, mais il change la

manière dont on perçoit le monde — et soimême.