Dans les ruelles obscures de Montmartre, Élise

Moreau, une peintre aux doigts tachés d’encre et

de sang, découvre un miroir brisé au fond d’un

atelier abandonné. Ce reflet fissuré la fixe,

non comme un objet, mais comme un invité. Elle y

voit son visage, puis celui d’un inconnu — un

homme vêtu de noir, dont les yeux brillent comme

du charbon. L’air sent le soufre et l’humidité

de soussol.

Le lendemain, sa toile « La Nuit sans Fin » est

exposée à la galerie du Vieux Monde. Les

critiques parlent d’une vision troublante,

presque prophétique. Mais les couleurs sont plus

vives que jamais, comme si elles suintaient de

l’âme. Les passants murmurent, certains disent

avoir vu des ombres bouger sur ses toiles.

Un soir, un homme se présente chez elle. Il

s’appelle Lucien, et il affirme être le gardien

des portes entre les mondes. Il lui propose un

échange : son âme, en échange d’une vie sans fin.

« Vous pourriez peindre le monde tel qu’il est,

ou tel qu’il pourrait être », ditil. Élise

refuse. Mais la nuit suivante, elle rêve de son

propre suicide, et se réveille en sueur, son

pinceau tremblant.

Elle accepte le pacte. Le miroir brisé se

reforme, et la pièce devient un lieu de passage

pour les esprits errants. Les clients affluent,

attirés par l’aura de la peintre. Mais les

ombres commencent à se multiplier. Un jour, elle

découvre une femme qui ressemble à sa mère,

morte depuis des années, assise dans son salon.

Les jours passent. Les toiles deviennent plus

sombres, plus cruelles. Les gens viennent

chercher des réponses, des visions, des vérités.

Mais Élise ne peut plus distinguer ce qui est

réel. Les ombres lui murmurent des secrets, des

désirs, des regrets. Elle commence à peindre des

scènes de destruction, de mort, de trahison.

Un soir, Lucien revient. Il lui dit que le pacte

a pris effet. Son âme appartient désormais au

monde des ombres. Elle sourit, fatiguée, et pose

son pinceau. Sur le mur, une dernière toile

s’affiche : une femme nue, entourée de flammes,

ses yeux pleins de mélancolie.

Le lendemain, la galerie est vide. Les toiles

ont disparu. Personne n’a vu Élise depuis. Seul

reste le miroir brisé, toujours fixe, toujours

attendri.