Paris 1932. Les rues s'effritent sous la
poussière de l'entredeuxguerres. Des ombres se
détachent des murs, glissent sur les trottoirs,
prennent forme. Un homme s'écroule, le visage
recouvert d'une tache noire qui se répand comme
un poison. La police ignore le phénomène, mais
les ouvriers du métro parlent de "la maladie des
silhouettes".
Un soir, une femme émerge d'un immeuble en ruine.
Elle ne sait pas qui elle est. Ses vêtements
sont ceux d'une autre époque. Son reflet dans un
miroir est flou, comme si son corps n'était pas
entièrement présent. Elle marche, suivie par une
ombre qui ne bouge pas quand elle s'arrête.
À la gare, elle monte dans un train sans billet.
Le contrôleur ne la voit pas. Les passagers
murmurent qu'elle est morte depuis longtemps.
Elle cherche un nom, une trace. Un journal lui
tombe des mains : Le Journal de
l'EntredeuxGuerres. Une date : 1927. Une photo :
une femme aux yeux verts, souriant dans une rue
parisienne.
Elle entre dans un café clandestin. Des hommes
parlent de "l'Effacement". Un
vieillard lui tend
un verre. "Tu es celle qui a disparu après la
nuit du 14 mai", ditil. Elle secoue la tête. Il
ajoute : "Tu as vu ce qui arrive aux corps qui
ne veulent pas être vus." Elle boit. L'
effet est
immédiat : son corps devient translucide. Les
clients crient. Elle court, traversant les rues
où les ombres s'agglutinent, se tordent,
cherchent à la rattraper.
Dans un refuge souterrain, elle retrouve un
journal intime. Elle y lit : "Je suis devenue
une silhouette. Je me souviens de tout, sauf de
mon propre nom." Elle écrit son prénom sur la
page : Clara. L'ombre qui la suit s'
immobilise.
Elle sent une douleur à la poitrine. Quelqu'un
l'a reconnue. Elle est traquée.
Le lendemain, elle se cache dans une
bibliothèque. Un livre tombe de l'étagère :
Histoire des Ombres en France. Elle tourne les
pages. Une carte montre des points noirs
dispersés dans Paris. Tous marqués d'un symbole :
un cercle entouré d'une croix. Elle reconnaît le
motif. C'est celui de la société secrète qui a
tenté de dominer l'entredeuxguerres.
La nuit suivante, elle se rend au lieu indiqué
sur la carte. Un bâtiment abandonné. À
l'intérieur, des figures humaines sont
suspendues dans des cages de lumière. Elles ne
bougent pas. Clara approche. Une voix murmure :
"Tu es le dernier fragment de l'ancien
monde."
Elle se retourne. L'ombre qui la suit est
maintenant un homme. Il dit : "Tu as perdu ton
corps, mais pas ton âme."
Elle le frappe. L'ombre se disperse. Elle
respire. Le monde autour d'elle change. Les
ombres se figent. Le temps ralentit. Elle
comprend : l'entredeuxguerres n’est plus un
moment historique, mais un état d’être. Les gens
vivent dans une réalité fragmentée, où les corps
et les esprits se séparent. Elle est l’un des
rares à voir le lien entre les deux.
Le lendemain, elle se tient devant un miroir.
Son reflet est stable. Elle a retrouvé son corps.
Mais l’ombre n’est plus là. Elle sait maintenant
: pour survivre, il faut accepter de ne pas être
complet. Elle sort dans les rues de Paris, où
les ombres attendent leur prochaine victime.
Elle est prête.


