La cité d’Astrée, autrefois joyau de l’humanité,
gît sous les flots noirs, ses tours défuntes
émergeant comme des crocs dans un océan sans fin.
Les survivants se sont regroupés dans les
hauteurs, là où le sol est encore sec, mais
l’air sent la rouille et la peur. À leur tête,
Élodie, reine déchue, tente de maintenir un
ordre fragile sur un peuple qui lui tourne le
dos. Son règne a été bâti sur des promesses
brisées, et sa réputation sur les cendres d’un
pacte oublié.
Le vaisseau Étoile Maudite, dernier espoir de
navigation, s’est rebellé. Sa mutinerie a été
orchestrée par ceux que la reine avait ellemême
envoyés pour surveiller les frontières maritimes
— des hommes qu’elle a trahis en secret, en
faveur d’une alliance avec les Ombres, une
faction mystérieuse venue du sud. Leur trahison
n’était pas un acte de haine, mais de nécessité :
ils avaient vu les Ombres amener des semences,
des graines capables de repousser l’eau. La
reine, jalouse de leur pouvoir, avait tenté de
les contrôler, puis de les supprimer.
Un soir, alors que la pluie acide tombe sur les
murs de pierre, Élodie découvre un message gravé
dans la coque du Étoile Maudite : « Tu as choisi
l’eau plutôt que le feu. » Ce n’est pas un
avertissement, c’est une déclaration de guerre.
La mutinerie est prête à débarquer. Les rebelles,
commandés par un ancien amant d’Élodie, Léon,
ont pris le contrôle du vaisseau, et il ne reste
plus que quelques heures avant qu’il ne débarque
avec ses armes, ses hommes, et ses graines.
La reine ordonne l’exil des Ombres, espérant que
cela fera revenir les mutins à la raison. Mais
Léon, lui, refuse de se soumettre. Il veut
vengeance, non seulement contre elle, mais
contre l’ordre qui a conduit à la mort de
millions. Dans un ultime combat au cœur de la
ville inondée, Élodie lui tend une main vide —
celle d’une reine qui a perdu tout pouvoir, tout
droit, tout amour. Léon, touché par l’absence de
défiance dans son geste, fait dévier le vaisseau.
Il jure de fuir vers l’est, où les terres sont
encore sèches, et où peutêtre, un jour, les
graines trouveront un sol.
La reine, seule, regarde l’horizon trembler sous
les vagues. Elle comprend alors que la trahison
ne fut jamais la fin, mais une porte. Et si les
cendres peuvent germer, peutêtre l’amour aussi.


