Le ciel de Lysane est strié de lignes dorées, un

phénomène inédit depuis l’effondrement du

gouvernement central. Les rues de la capitale

sont maintenant sous le contrôle d’un Conseil

des Étoiles, dont les membres portent des

masques en or terni. Leur pouvoir repose sur une

technologie oubliée, capable de modifier le flux

temporel, mais aussi de transformer les humains

en ombres vivantes.

Une femme, vêtue d’un manteau noir et portant

une bague sans gemme, marche à travers les

ruelles désertes. Elle est connue sous le nom de

Veuve Noire, une ancienne espionne devenue

exilée après avoir découvert que le Conseil

utilisait ses propres agents pour éliminer les

opposants. Son mari, un historien, avait tenté

de dénoncer cette corruption, et elle l’a vu

disparaître sous les yeux de son fils.

Elle arrive à la gare centrale, lieu de passage

clandestin vers les zones non réglementées. La

corruption a rendu ces territoires instables,

des lieux où le temps s’étire ou se contracte

sans logique. Elle embarque dans un wagon

poussiéreux, sachant que si elle est repérée,

elle sera transformée en ombre définitive — un

être sans âme, sans mémoire, errant

éternellement.

Au milieu du voyage, un passager lui tend une

carte gravée d’un symbole oublié : une fleur de

nuit. Il murmure une phrase qu’elle comprend

comme un avertissement : « Ce que vous fuyez,

vous portez en vous. » Il disparaît avant

qu’elle ne puisse réagir.

À l’arrivée, elle découvre que la ville vers

laquelle elle fuit n’existe plus que dans les

archives. Les habitants ont été effacés, leurs

noms rayés de tous les registres. Une force

mystérieuse, liée au Conseil, a effacé leur

existence, comme si elles n’avaient jamais

existé.

La Veuve Noire entre dans un ancien sanctuaire,

où les murs sont recouverts de fresques

racontant une histoire oubliée : celle d’une

guerre entre les forces du temps et les humains.

Elle y trouve une porte dérobée, entrouverte,

menant vers un jardin où les ombres parlent.

Elle franchit le seuil, et là, sous la lumière

d’une lune inconnue, elle comprend : la

corruption n’est pas une maladie, mais une

transformation. Et elle, en fuyant, n’a fait

qu’accélérer son propre passage dans l’ombre.

La dernière image est celle de ses mains,

désormais noires, touchant le sol. Le jardin se

referme derrière elle, et la Veuve Noire devient

une ombre, libre, mais perdue.