Le navire L'Éphémère tangue dans les eaux d’un

port oublié, son équipage composé de femmes qui

ont rejeté les codes du monde ancien. Leur chef,

une révolutionnaire exilée, impose un rituel :

chaque membre doit porter un masque pour cacher

sa véritable identité. La règle est immuable —

quiconque ôte son masque est expulsé, condamné à

la solitude.

Un jour, un homme apparaît à bord. Il ne porte

pas de masque. Les femmes le repoussent, mais il

reste, parlant d’une guerre qui a détruit leur

ancien monde. Il prétend que l’Ancien régime

n’était qu’une illusion, un rêve entretenu par

des puissances inconnues. Les femmes hésitent,

mais la révolutionnaire le laisse rester,

curieuse.

Des tensions montent. Un officier, ancien soldat

de l’Ancien temps, découvre un journal secret

dans les soutes. Il y lit des ordres datant de

l’époque où les femmes étaient interdites de

navigation. La révolutionnaire comprend alors :

ce navire est un lieu de mémoire, un refuge pour

ceux qui ont été effacés. Elle ordonne une

mutinerie.

Le soir même, les hommes de l’équipage sont

attaqués. Les femmes, armées de bâtons et de

couteaux, prennent le contrôle. L’officier est

tué, mais l’homme sans masque disparaît. La

révolutionnaire, épuisée, retire son propre

masque. Son visage est celui d’une femme qu’elle

croyait morte.

Le lendemain, le navire est vide. Seuls les

cadavres restent, et une lettre posée sur le

pont. Elle dit : « Tu as vu la trahison, mais tu

n’as pas vu la vérité. » La révolutionnaire,

seule, regarde l’horizon. Le ciel est bleu, mais

le vent porte une odeur de métal brûlé.