Le ciel est noir. Les nuages sont épais et
lourds, comme des cendres en suspension. La
ville, autrefois un centre de commerce et de
culture, n'est plus qu'un squelette de béton
recouvert de poussière. L'air sent le métal
brûlé et l'humidité stagnante. Les rues sont
vides, sauf pour les ombres qui bougent sous les
lumières tremblantes des réverbères défectueux.
Les lois du monde ont changé. Le soleil ne se
lève plus. La lumière artificielle est une
ressource rare. Ceux qui survivent doivent payer
leur éclairage en sang. Une règle tacite, mais
incontournable : chaque jour, un citoyen doit
offrir une goutte de sang à la machine centrale,
qui alimente les générateurs. Sans cela, les
lumières s'éteignent, et la nuit devient totale.
Le soldat désabusé, ancien officier de l'armée
de l'ombre, marche seul. Son uniforme est
déchiré, son visage marqué par les années de
guerre. Il a perdu sa famille, son poste, et
presque son âme. Mais il a gardé un secret : une
carte gravée sur une plaque d'acier, cachée sous
sa peau. Elle indique un lieu où la machine
centrale ne peut pas atteindre. Un endroit où la
lumière n’est pas contrôlée.
Il apprend que le gouvernement, ou ce qu’il en
reste, prépare une opération : ils vont tuer un
citoyen au hasard, et utiliser son sang pour
alimenter une nouvelle source de lumière, située
dans le quartier réservé aux classes supérieures.
Cela signifie que les zones populaires seront
plongées dans l’obscurité totale, pendant que
les riches continueront de vivre dans une
illusion de confort.
Il décide d’intervenir. Il trouve le citoyen
choisi, un enfant de douze ans, dont la mère lui
a demandé de le protéger. Il n’a pas le temps de
réfléchir. Il vole un véhicule, traverse les
rues sombres, et arrive devant le lieu de
l’exécution. Les gardes sont armés, mais il a
appris à tirer sans bruit. Il tire une balle
dans la tête de l’un d’eux, puis une autre dans
la jambe de l’autre. Le garçon court, il le suit.
Ils atteignent le lieu de la machine. Le soldat
démonte la pompe, déclenche un courtcircuit. La
lumière disparaît. Toute la ville est plongée
dans l’obscurité. Les gens paniquent, mais aussi,
pour la première fois depuis des mois, ils
voient le ciel. Ils voient les étoiles.
Le soldat est arrêté. Il est emmené dans un
centre de contrôle, où on lui demande de dire où
se trouve la carte. Il refuse. Il est torturé,
mais il ne parle pas. À la fin, il est condamné
à mort. Mais avant d’être exécuté, il est
transporté vers le lieu indiqué sur la carte.
Il y découvre une enclave, cachée sous les
ruines. Des survivants, des artistes, des
intellectuels. Ils n’ont pas besoin de lumière
artificielle. Ils ont trouvé un moyen de
survivre sans la machine. Le soldat, malgré ses
blessures, accepte de rester. Il devient leur
guide, leur protecteur. Et pour la première fois
depuis longtemps, il dort sans cauchemars.


