Le sol s’est fissuré sous les bombes. Les villes
sont des cimetières de béton. La technologie est
morte, mais l’idéologie reste vivante. Les
survivants se réunissent en fédérations, chacune
avec ses règles, ses lois, ses dieux.
Elle a porté une couronne. Maintenant, elle
porte un sac de nourriture. Elle est la Reine
déchue, ramenée à l’état de fugitive. Un homme
la suit. Il dit qu’il est un prêtre. Elle ne
sait pas si c’est vrai. Il lui remet un objet :
un fragment de verre qui brille comme du feu. Il
dit que c’est un miracle.
Les autorités de la zone 37 veulent le fragment.
Elles disent qu’il est un artefact d’un temps
perdu, une preuve que le monde peut encore
changer. Mais elle sent qu’il est autre chose.
Quelque chose qui peut briser les lois du
nouveau monde.
Un jour, il éclaire. Le ciel s’ouvre. Des
oiseaux tombent. Personne n’a vu ça depuis des
décennies. Elle comprend : le miracle est un
signal. Une rupture. Les règles du monde ne sont
pas immuables. Elles peuvent être changées. Mais
à quel prix ?
Elle refuse de le donner. Elle le cache. Les
autorités déclarent la guerre. Elle doit fuir.
Elle traverse les ruines, suivie par des hommes
armés, par des machines silencieuses, par des
idées qui veulent la posséder. Elle ne pense
plus à la couronne. Elle pense à la liberté.
Au bord d’une falaise, elle jette le fragment
dans le vide. Il tombe, il brûle, il disparaît.
Le ciel reste fermé. Aucun oiseau ne tombe. Le
monde ne change pas. Mais elle ne pleure pas.
Elle sourit. Elle est libre.


