Le ciel s’assombrit sous des nuages de cendre.
Les rues de Paris sont désertes, les réverbères
éteints. La machine à vapeur de l’usine a été
arrêtée depuis trois jours, mais le silence est
chargé d’une tension électrique. L’air sent la
métal et la poussière de charbon.
Le révolutionnaire entre dans la cour. Son
manteau est taché de suie, son visage caché sous
un foulard. Il jette un regard sur les machines,
leurs rouages figés. Il sait que cette usine est
un symbole : le dernier bastion de l’ancien
ordre.
Il allume une mèche. Le feu se propage
rapidement, engloutissant les câbles électriques.
Des étincelles jaillissent, touchant un
réservoir de kérosène. L’explosion secoue les
murs, projette des morceaux de béton dans les
ruelles.
Les ouvriers du quartier accourent, hurlant.
Certains courent vers l’usine, d’autres vers les
immeubles adjacents. Un enfant se cogne contre
une colonne, tombe. Le révolutionnaire le relève,
le porte jusqu’à un abri. L’enfant ne dit rien,
regarde le feu avec des yeux vides.
Le lendemain, les autorités déclarent l’état
d’urgence. Les réseaux de transport sont
paralysés. Les rues sont bloquées par des
barricades. Les gens murmurent que l’usine était
une base de stockage de bombes. Personne ne sait
qui a allumé le feu.
Le révolutionnaire marche dans les ruines. Il
trouve un journal oublié, daté de 1938. Une page
est recouverte de sang. Il lit : « La République
ne survivra pas à la guerre. »
Il retourne au lieu de l’explosion. Une femme
l’attend, armée d’un couteau. Elle le reconnaît.
Elle lui dit : « Tu as brûlé ce qui restait de
nous. » Il ne répond pas. Elle l’attaque. Il
esquive, la désarme. Elle tombe, sanglote.
Le feu s’est éteint, mais la ville continue de
brûler. Les rumeurs parlent d’un nouveau groupe,
plus dangereux. Le révolutionnaire sait qu’il ne
pourra jamais revenir. Il part vers l’est, vers
les zones encore intactes.
Le ciel reste sombre, mais une lueur perçait
derrière les nuages. Une lumière fragile, comme
une promesse.


