La ville brûle sous un ciel d’acier, ses rues
pavées de verre reflétant des ombres qui ne sont
pas les siennes. Le Contemporain n’est plus ce
qu’il fut : depuis le choc du Dernier Jour, la
gravité a perdu sa constance, et les nuits sont
peuplées de créatures issues de
l’entredeuxmondes. L’Homme — surnommé ainsi pour
avoir oublié son propre nom — marche à travers
les décombres, un couteau en argent glissé dans
sa botte, une bague noire sur l’index droit,
signe d’un pacte oublié.
Il est traqué par Lucien, son ancien frère
d’armes, désormais chef d’une faction voulant
restaurer l’ancienne ordre. Leur duel au sommet
a été programmé depuis longtemps : sur la tour
de l’Horloge Morte, là où le temps luimême
semble se figer. Mais l’Homme ne veut pas de
victoire. Il cherche la rédemption, non par les
actes, mais par l’abandon.
La règle première : aucun être humain ne peut
franchir le seuil de la tour sans perdre une
parcelle de soi. La règle deux : celui qui y
entre seul ressort intact, mais vide. L’Homme
connaît ces règles par cœur. Il les a scellées
dans son âme lorsqu’il a choisi de survivre
plutôt que de mourir avec les autres.
Lucien arrive en premier, portant l’image d’un
héros romanesque, mais l’Homme le voit comme un
miroir déformé. Il l’a connu autrefois — avant
la chute, avant les créatures, avant que le
monde ne devienne un labyrinthe de reflets. Le
duel commence : pas de paroles, pas de gestes
inutiles. Un coup de lame, une décharge
électrique, une chute dans le vide.
À la fin, l’Homme reste debout. Pas victorieux,
mais libre. Il jette la bague dans le néant, et
la tour s’effondre autour de lui. Le monde
change encore une fois. La rédemption n’était
pas un combat, mais un choix. Et il l’a fait.


