Le quartier du Palais Royal s’assombrit sous les

réverbères brisés. Des ombres glissent entre les

ruelles, portant des messages codés. Un homme

est retrouvé mort dans une gare, la gorge

tranchée, son journal intime disparu. La police

reste muette. Les rumeurs montent.

La veuve noire, ancienne écrivaine de théâtre,

s’arrache à sa retraite. Elle a vu le corps de

son mari au pied de l’escalier, une balle dans

la tête, le visage recouvert d’un masque de

carnaval. Elle ne se souvient pas de la nuit.

Mais elle sait qu’il avait découvert quelque

chose.

Elle quitte Paris en pleine nuit, emportant un

colis scellé. Dans le train, une passagère lui

tend un billet de train pour Lyon. « Pourquoi tu

fuis ? » demandetelle. La veuve ne répond pas.

Elle regarde par la fenêtre, les lumières de la

ville s’éloigner, comme des yeux qui la

surveillent.

À Lyon, elle trouve un appartement vide, meublé

avec soin. Une clé sous le tapis, un mot écrit à

l’encre bleue : « Ils savent. » Elle ouvre le

colis. À l’intérieur, un cahier de notes, des

photos, des documents signés du nom de son mari.

Il avait enquêté sur un réseau de corruption qui

liait des politiciens, des industriels, et un

groupe secret opérant sous le couvert d’une

société de recherche.

Les jours passent. Elle reçoit des lettres

anonymes, des menaces. Un inconnu frappe à sa

porte. Il porte un manteau noir, un chapeau bas.

« Vous ne devriez pas être ici », ditil. Elle ne

bouge pas. Il part, laissant derrière lui un

paquet de cigarettes. À l’intérieur, une carte

postale de 1937, un lieu inconnu, une date : 24

octobre.

Elle part à la recherche de ce lieu. Dans un

village perdu, elle découvre une maison

abandonnée. À l’intérieur, un coffre en fer,

ouvert. À l’intérieur, des preuves de crimes,

des listes de noms, un plan d’une usine

souterraine. Elle prend les documents, mais un

bruit la fait sursauter. Elle se retourne.

Personne. Mais le vent a soulevé une page du

cahier de son mari. L’écriture tremble : « Le

temps est compté. »

Elle revient à Lyon, mais la ville a changé. Les

rues sont vides. Des affiches annoncent une

nouvelle loi sur la sécurité publique. Elle

comprend alors : le réseau a pris le contrôle.

Elle doit agir. Elle contacte un journaliste, un

ancien ami de son mari. Il refuse de l’aider. «

C’est trop tard », ditil. Elle inscrit ses notes

dans un livre, puis le jette dans un feu.

La veuve noire disparaît. Personne ne la voit

plus. Mais les journaux rapportent des

arrestations, des scandales. Le silence tombe.

Et dans un coin de la ville, un livre est trouvé,

sans titre, sans auteur. Les pages sont vides.