Le marché aux puces de Montmartre exhale une
odeur de cire et de poussière. Un colis scellé
arrive par voie postale, adressé à une femme qui
a quitté Paris après la guerre. À l’intérieur,
une épée noire, froide au toucher, gravée de
runes inconnues. Elle ne reconnaît pas les
symboles, mais sent leur force. Le soir même,
elle tente de la brûler. La flamme s’éteint. La
lame vibre.
Les jours suivants, elle se rend dans un salon
de thé où les conversations oscillent entre
révolution et désespoir. Un homme s’assoit à sa
table, lui offre un café. Il parle de « pouvoir
», de « transformation ». Elle refuse la
conversation. Il insiste. Elle accepte. Il lui
raconte une histoire : un ancien roi qui a perdu
son royaume en tentant de dominer les ombres.
Elle rit. Il sort une carte d’identité falsifiée,
prétendant être un historien. Elle le suit.
Dans une bibliothèque souterraine, il lui montre
des textes oubliés. L’épée est un objet de «
métamorphose », capable de transmettre le
pouvoir d’un individu à un autre. Mais chaque
transfert coûte une partie de l’âme. Elle refuse.
Il insiste. Elle cède. La nuit, elle rêve d’une
ville en flammes. Le lendemain, un ami meurt
subitement. Son corps est intact, mais ses yeux
sont vides.
Elle retourne au marché aux puces. Le colis
n’est plus là. Un homme la suit. Elle le
provoque. Il tire. Elle esquive. Il tombe. Elle
le recueille. Il murmure un nom : « Lucien ».
Elle ne le connaît pas. Il lui dit qu’elle a tué
son frère avec l’épée. Elle nie. Il meurt. Elle
cache l’arme sous un plancher.
Un mois plus tard, un autre colis arrive. Cette
fois, une lettre. « Tu as choisi. Maintenant, tu
dois payer. » Elle ouvre. À l’intérieur, une
bague en or, gravée du même symbole que l’épée.
Elle la met. La nuit, elle rêve de nouvelles
villes, de nouvelles morts. Le lendemain, un
inconnu s’approche d’elle dans la rue. Il dit :
« Je suis ton frère. » Elle ne comprend pas. Il
pleure. Elle ne sait pas pourquoi.
La mélancolie devient une habitude. Elle
continue de guérir, mais chaque patient lui
rappelle une chose perdue. L’épée reste cachée.
La bague, toujours à son doigt. Les rêves
persistent. Elle finit par comprendre : le
pouvoir ne s’efface jamais. Il attend.


